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Le mot de la Smalah

« Tenter, braver, persister, persévérer, être fidèle à soi-même, prendre corps à corps le destin, étonner la catastrophe par le peu de peur qu’elle nous fait, tantôt affronter la puissance injuste, tantôt insulter la victoire ivre, tenir bon, tenir tête ; voilà l’exemple dont les peuples ont besoin, et la lumière qui les électrise. »

Victor Hugo

Depuis son origine, la Smalah mène une démarche d’éducation populaire, dédiée à l’économie sociale et solidaire, à la promotion des droits culturels. Depuis près de 10 ans, la Smalah anime des espaces de partage, de tolérance, d’émancipation et d’apprentissage. La mise à disposition d’espaces et de moyens pour les ateliers bénévoles, la programmation culturelle de La Grange, les ateliers d’éducation aux médias et au numérique auprès des plus jeunes, la remobilisation de d’adultes éloignés de l’emploi et de la formation, l’accompagnement socio-professionnel de celles et ceux laissés de côté, la formation pour tous et toutes ou encore le soutien aux initiatives qui nourrissent nos territoires, telles sont les missions de La Smalah. Comme pour toutes les associations, derrière ces actions, ce sont des rencontres organisées et des possibles cultivés par la mobilisation de bénévoles, de salariés, d’élu-es et d’institutions partenaires. 

La Smalah est née d’un impératif : faire du lien dans une société qui se fragmente et imaginer des façons de vivre ensemble dans un monde aux futurs inquiétants où la précarité est à la fois sociale, économique, environnementale… 

Le 9 et 30 juin 2024, la réponse à cette précarisation générale a trouvé une autre expression : celle, inédite dans un tel rapport de force, d’un vote en faveur de l’extrême-droite. L’inventaire des raisons de ce résultat est connu et scandé régulièrement depuis le 21 avril 2002: aggravation des inégalités, dégradations des conditions de travail, recul des services publics, augmentation d’un sentiment d'insécurité et de perte de “valeurs”. Le repli sur soi, la montée des individualismes ainsi qu’une mue cosmétique couplée à une stratégie médiatique maîtrisée ont fait du Rassemblement National le parti politique français le plus plébiscité dans les urnes dans un contexte de mobilisation massive du nombre de votants.

Suite à la dissolution de l’Assemblée par le Président de la République, nous aurions aimé faire notre campagne, avoir le temps de débattre, de confronter les points de vue, de comprendre, de faire compagnonnage démocratique. Nous ne l’avons pas eu. 

Aujourd’hui, le Rassemblement National est en position d’occuper les responsabilités et de présider à nos avenirs à l’échelle nationale et européenne. La sentence est glaçante. 

Dans ce contexte d’urgence sociale et démocratique ; en réponse à l’écho trouvé par les mesures proposées par le RN qui excluent et menacent la justice sociale, qui contraignent la liberté d’opinion et d’expression (privatisation de l’audiovisuel publique), qui reviennent sur des acquis fondamentaux (droit du sol, droit de manifester, disparition du planning familial…), la Smalah choisit de reprendre pour elle Victor Hugo et “d’étonner la catastrophe par le peu de peur qu’elle nous fait”. 

En nous joignant tout d’abord à tous les mouvements en faveur d’une mobilisation encore plus massive dans les bureaux de vote dimanche prochain. Puis, en prenant acte que ce qui a été fait depuis la création de l’association n’était pas encore assez et doit plus que jamais être renforcé. 

Ainsi, quel que soit le résultat des élections, la Smalah continuera son action, continuera d’occuper le terrain, de créer les conditions d’un débat serein et nuancé, de porter son attention sur les plus vulnérables, d’accueillir sans distinction, d’inventer sur les territoires de nouvelles formes de travail et de lien social. 

Comme nous y incite l’illustratrice et romancière Marion Fayolle : faire barrage ne suffit pas. Il faut faire tissage. Combattre par la preuve ses idéologues du RN. Pas ses électeurs.

Car, pas plus que ces derniers jours, il ne s’agira de dénier ce qui serait un “mauvais vote”, de vouloir réparer “l'erreur” de quelques égarés. Il s’agira d’y répliquer en bravant les précarités induites par les logiques libérales, en combattant les discours de haine, en déconstruisant les rapports de domination, en dénonçant les mécanismes d’exclusion et les mépris institutionnels qui les accompagnent, en faisant preuve d’attention pour autrui et ses vulnérabilités, en animant des lieux tiers pour défendre un avenir où les valeurs d'entraide, de solidarité, de tolérance et de partage organisent une vie commune.

Il faudra du temps et de l’endurance. De l’ardeur et de la joie. Nous avons tout cela dans nos tentes. Nous sommes plus que jamais impatients et déterminés.